Urbanisme temporaire et permanences architecturales : de nouvelles façons de faire la ville ?

Le 27 avril dernier, nous avons eu le plaisir d’accueillir Aurore Rapin, de YesWeCamp, pour nous parler du projet des Grands Voisins ; et Edith Hallauer et Hélène Bucher des Barbaras pour nous parler des permanences architecturales.
Nos questions : Quelle place pour les artistes dans ces aventures ? Quels bilans critiques dresser à l’issue de ces expérimentations ? Quels enseignements tirer pour la suite ? Quels enjeux et perspectives pour ces nouveaux outils de développement urbain?

L’atelier a duré près de 4h30 ! Voici, quelques éléments qui nous ont intéressés / interpellées pendant cet atelier.

Une grande famille ?
Si on les considère dans leur ensemble, permanences architecturales et urbanisme temporaire ont de nombreux points communs. Il s’agit de projets « pieds de biche », sans cesse négociés, où  la “preuve par le faire” est un levier pour la suite, quitte à contourner un peu (voire beaucoup) les règles en vigueur. En cela, ce sont de rares espaces de libertés où peuvent s’inventer des alternatives et s’explorer de nouvelles façon de faire / habiter / travailler.
Ces démarchent partagent aussi la fragilité du cadre qui repose sur la précarité des équipes mobilisées et leurs immenses engagements… Sans cette approche quasi militante, les projets ne pourraient voir le jour…
La question des divergences n’a pas été beaucoup creusées… peut-être parce que c’était si bon de se retrouver et de prendre le temps qu’on a que trop rarement pour se connecter et échanger ? (C’est toujours sympa les cousinades !) Mais soyons lucides, il est évident que, comme dans toute famille, il y a des divergences de vision, peut-être même des sujets qui fâchent ?

Des projets en voie d’institutionnalisation / normalisation ? 
Si ce type de projets se multiplient, on reste bien loin d’une standardisation de ces démarches. Il n’y a pas encore de vrai marché émergeant… Nos invités insistent sur le fait qu’aujourd’hui les projets sont très différents les uns des autres : en fonction des situations, des contextes locaux, des conjonctures. On est vraiment encore au stade de l’expérimentation.
Néanmoins, dans ce contexte d’émergence progressive d’un intérêt des collectivités (et acteurs privés) pour l’activation des espaces urbains en friche, la question du cadre juste de collaborations avec des partenaires se pose… Comment bien collaborer ? Pour quoi ? Avec qui accepte-t-on de collaborer ? Faut-il s’investir dans des projets aux côtés de partenaires dont les objectifs sont bien loin des nôtres et de l’intérêt général (par exemple des promoteurs)?  Peut-on influencer les manières de faire la ville ? Là où l’équipe de YesWeCamp parait prête à explorer de nouvelles collaborations, les Barbaras expriment leur réserve et craintes sur là où cela pourrait les mener.

Quid de la gouvernance dans ces différentes démarches ? 
Qui décide au sein des collectifs et comment ? Il est intéressant de constater l’appétence des différents acteurs pour des organisations horizontales plus que pyramidales…. On constate que les équipes, sur le terrain, explorent l’intelligence collective et la gouvernance collégiale sans forcément en avoir une approche méthodologique précise. Le cadre s’invente en faisant…

Et les artistes dans tout ça ? On les a un peu cuisiné car c’est évidemment un des sujets clé de notre collectif…

Des concepteurs-créateurs 
On a noté pendant les échanges, qu’une fois encore, la notion « d’artiste »  interroge et qu’elle doit être élargie aussi à la figure de concepteur-créateur. Des artistes collaborent au sein de ces équipes pluridisciplinaires avec des designers, des architectes et bien d’autres profils…  On est face à une génération de professionnels atypiques qui se retrouvent bien souvent sur l’aspect hybrides de leurs parcours et compétences… La spécificités des projets fait qu’on associe parfois les contenus à de la création artistique… La place de la création et de la conception est un fort enjeu et aux Grands Voisins par exemple, des “pilotes de conception”  sont désignés pour chaque projet impliquant de la conception…

Des artistes de territoire
Quand aux collaborations, nous retenons l’idée que l’aventure n’a pas fonctionné avec les personnes ayant adopté une position d’« Artiste années 80 avec un grand A ». (l’expression nous plait bien !)  Nos invités ont insisté sur le fait que ceux qui sont dans une démarche autocentrée  (“mon oeuvre, mon espace”) et peu tournés vers le projet commun ont du mal à trouver leur place. En somme, ce qui relie les artistes intégrés à ces démarches est leur capacité à  travailler sur le relationnel, l’échange, le contexte et la mise en réseau. Ce n’est pas le cas de tous.

L’artiste-réenchanteur.
Que ce soit dans l’urbanisme temporaire ou les permanences architecturales, l’artistique est aussi source de réenchantement et répond au besoin de rechercher le beau, le confortable, l’agréable dans ces friches abîmées par l’abandon.

L’accueil d’artistes
Bien souvent, les équipes  se retrouvent en posture de “programmateur” lorsque les sollicitations se multiplient ou que l’on pose le principe que l’espace est ouvert à toutes et à tous. Du côté des permanences architecturales, la tactique du concierge consiste notamment à détecter les besoins, les désirs, les potentiels et à les accompagner. D’où l’importance d’un espace non programmé a priori. On sent qu’il ne s’agit pas tant de faire appel à des Artistes « créateurs », que de créer un espaces de possibles à investir par chacun.e.  A la permanence architecturale de Rennes où l’espace était ouvert à tous, la règle était de passer au moins une heure à expliquer le projet à toute personne désireuse de s’investir sur le projet pour y proposer quelque chose. Cela a permis de faire le tri entre les dynamiques (recherche d’un simple lieu de diffusion ou l’envie de faire projet)…

Nous avons échangé pendant plus de 3h… on s’est donc dit bien d’autres choses ! Pour aller plus loin,  la captation sonore de l’atelier est disponible ICI.

Retour en images..

Nous profitons du pot d’accueil pour présenter le collectif Et si on prenait l’air(e)? aux nombreuses personnes venues pour la première fois à un atelier.

Les Barbaras nous présentent les permanences architecturales et l’Atlas du Oui, puis c’est au tour d’Aurore de nous parler des Grands Voisins.

Merci encore à Lilas Ozanne pour ces croquis !

© Lilas Ozanne

Après les présentations, les échangent se poursuivent longuement !

Nous remercions aussi Gwenaelle Leleu pour ces autres croquis qui rendent si bien compte des débats de la soirée !

 © Gwenaelle Leleu