Le 8 février dernier, nous étions une douzaine à nous retrouver à superpublic autour de la thématique de « La place des enfants dans la ville », un atelier animé par Candice Hayat, illustratrice et plasticienne (Les traversées éclectiques) et Pierre-Mathieu Degruel, architecte-urbaniste (espaces compris).

On commence l’atelier par un tour de table où chacun.e est invité.e à partager un souvenir d’enfance. Nous vous invitons à en découvrir quelques uns ci-dessous.

 

Nos intuitions sur la place des enfants dans l’espace urbain.

Toujours en guise d’introduction, nous avons ensuite été invité.e.s à découvrir un mur d’images à réactions. Nous indiquons tour à tour une image qui nous plait, une qui nous déplait, puis nous échangeons.

Nos échanges nous amènent à la prise en compte des sens de l’enfant et au contrôle des risques : quelle appréhension du risque développe-t-on lorsque tout est déjà sécurisé ?Et si l’aménagement des espaces permettaient le déploiement des facultés de l’enfant ? Les squares fermés de grillages avec quelques jeux toujours identiques au milieu nous paraissent dépassés et tristes. Nous avons le sentiment qu’il faut aller vers la recherche d’objets et d’espaces à détourner. C’est l’invitation au jeu là où on ne l’attend pas qui nous semble juste, comme si les meilleurs jeux dans l’espace public étaient ceux qui s’inventent dans l’instant. La matière, les formes, les ambiances laissent parfois place à un champs des possibles insoupçonnés pour les enfants avides d’explorations et d’aventures.

Ainsi, la diversité d’action et la liberté d’inventer sont des critères qui nous semblent stimulant pour incitier à grimper, découper, se cacher, récolter, observer, enjamber, déplacer, se courir après, … On évoque le caractère « jouable » d’un mobilier urbain. Dans l’univers du jeu vidéo, la notion de  « jouabilité » désigne l’ensemble des possibilités d’action offerte au joueur (source : wiktionnaire)..

Finalement, dans cette place laissée au détournement et à l’exploration, nous repérons les interstices, les coins d’herbe et de forêt, les cachettes, les rochers et mobilier à escalader…

Présentations de Candice et Pierre-Mathieu

Une démarche de diagnostic urbain partagé avec des CM1/CM2 et des collégiens

Pierre-Mathieu Degruel a travaillé pendant plusieurs années à l’Agence d’urbanisme de Dunkerque avec laquelle il a mené des diagnostics urbains avec des classes de CM1/CM2, et collège. Au démarrage, c’était surtout un prétexte pour toucher les parents sur le devenir du quartier. Finalement, la démarche avec les enfants avaient tout son sens en tant que tel . Pour en savoir plus sur le contenu et la méthode retrouver ici et les vidéos que Pierre-Mathieu nous a présentées.

Quelques éléments d’histoire sur la prise en compte des enfants dans l’espace public.

Ce que nous retenons de la présentation de Candice Hayat :

L’existence du CODEJ, Comité pour le développement de l’espace pour le jeu. Aujourd’hui méconnu, cet organisme a développé une forte expérience dans ce domaine dès les années 1970 pour accompagner les maîtrises d’ouvrage et d’usage. A titre d’exemple, les titres de quelques unes de leur publication : « Changer la cour de récréation », 1983 ; « Le Jeu au Danemark » , 1975 ; « Des lieux de vie pour la famille », « Jeu, son, espace », 1986.  

Le concept des « playground » développés en Angleterre, sur les espaces délaissés en friches après la seconde guerre mondiale. Le principe : favoriser le « play » au « game ». C’est le paradigme de l’expérimentation qui prévot, la où en France par exemple, c’est plutôt le modèle de l’enfant « contrôlé » qui est à l’oeuvre. Les « playground » se sont constitués sur les fondamentaux de l’éducation populaire, les enfants construisaient leur propre terrain de jeu en intelligence collective, en fonction des possibles et des besoins. Si cela peut nous paraitre innovant et tout à fait pédagogique aujourd’hui,  ils patissaient plutôt à l’époque d’une image de délinquants jouant sur des terrains vagues.

Le concept de « play street » développé en Angleterre, aux Etats-Unis, au Pays Bas à partir des années 1960, 1970. En plus des espaces verts, des rues ont commencé à être fermées et investies pour y développer d’autres usages.

Directement inspirée des « play street » du siècle dernier, les initiatives de « Rues aux enfants, Rues pour tous » émergent en France depuis 2015, avec l’action de  l’Association Nationale des Conseils d’Enfants et de Jeunes (ANACEJ), le Cafézoïde, la Rue de l’Avenir et Vivacités Ile-de-France qui ont décidé de joindre leurs compétences pour faire émerger, soutenir et accompagner des initiatives de « Rues aux enfants » en particulier dans les quartiers populaires.

A noter : le Forum national de la rue aux enfants, qui aura lieu le 8 octobre 2019 à la Halle Pajol (18ème).

Pour le prochain atelier (rdv le 5 avril à 18h30), Candice et Pierre-Mathieu d’entrer dans le vif du sujet en imaginer des projets du type « rues aux enfants » dans la rue de la Vacquerie (celle de superpublic). Nous irons nous promener dehors, puis laisserons fuser notre imagination pour finalement restituer nos recherches sur des maquettes en play mobile.

Merci encore à nos deux animateurs Pierre-Mathieu et Candice, ainsi qu’aux participants à la soirée. Nous espérons vous voir nombreux.ses au prochain atelier pour la suite !